Ô toi mon corps armure.

Dès ma naissance, tu m’as protégé des souffrances, tu as construit des murailles contre l’envahisseur. Tu t’es battu face aux ennemis.

J’ai souffert dans mes tripes, tu m’as enfermé dans mes pensées, où fleurissaient histoires et fables. J’y étais un Prince.

J’ai souffert du cœur, tu l’as renfermé dans une carapace de métal épais tout en laissant à mes yeux apparaître le cœur d’antan, immuable. Je ressemblais à un amoureux.

J’ai souffert d’être différent, tu es parvenu à construire une réalité où tout s’expliquait. Ou j’ai eu la chance d’être mon propre Dieu.

Puis vint le temps où tu es devenu lourd à porter, à force d’ingéniosité pour me protéger de la douleur.

Comme un soldat enfermé dans une armure trop lourde pour se mouvoir sur un champ de bataille réclamant vitesse et adresse, je suis devenu gauche.

J’aurais pu m’obstiner mais j’ai eu la chance de survivre, ma gourde d’amour remplie à ras bord, au point de m’étouffer parfois.

Alors j’ai doucement enlevé mon armure, je me suis redécouvert nu, sentiment inconfortable au demeurant, puis j’ai avancé.

Il fait froid mais je ne lutte plus contre des fantômes, je lutte avec les miens.

Avec toute la force de mon amour. On n’oublie pas facilement les blessures et l’on porte toujours ses cicatrices.

Nu, je ne me sens pas plus fort mais dans mon armure où même la vue m’était bouchée, je me croyais seul.