Chronique 7/34

J’ai un faible particulier pour les algécos. J’aurais vécu dans ces drôles de boîtes tellement de belles choses. C’est en frappant à la porte d’un algéco un après-midi d’été pour déposer un CV que mon histoire avec le Muc 72 a débuté. C’est dans un algéco que j’ai passé l’entretien d’embauche le plus excitant de ma vie, avec Laurent Petit. Puis c’est dans un grand algéco que j’ai passé les années les plus marrantes de ma vie de salarié. Un grand open space un peu fou. Que j’ai aimé être là, même si trop souvent j’ai eu peine à le montrer.

A la Pince à l’époque, il y avait un bureau principal qui regroupait le secrétariat, le service financier (avec ‘Atita, alias Nicolas Legangneux, l’homme le plus gentil du monde), le service RH représenté par Joffrey Hamelin, la Direction Générale avec Fabrice Favetto Bon, qui présente la vidéo ci-dessous destinée à l’époque au club des Cent Cravates. Dans cette vidéo vous pouvez revisiter ces fameux algécos. Puis, détaché de quelques mètres, un algéco un peu plus déconnant, où étaient regroupés les services commerciaux, communication et marketing. Combien de fois les joueurs de Frédéric Hantz puis de Rudi Garcia, se rendant au terrain numéro 1, se sont demandés à quoi correspondaient le boucan qui émanait de l’intérieur de cet algéco. 

Le duo magique Alexandre Bazire et Guillaume Guégan était inégalable, à l’image du duo Bonnart – Hautcoeur. Combien de fois, au retour de rendez-vous à l’extérieur, les commerciaux Frédéric Trouillet ou Maryan Gilet ont-ils retrouvé leur bureau rangé dans les plafonds, leurs dossiers renversés par des coups francs vainqueurs ? Maryan prenait sa revanche sur le terrain le mercredi, lui qui avait le dribble facile. J’ai participé avec un enthousiasme collégien évidemment. Tout au fond du bureau, le sage Eric Bidon regardait le spectacle sourire au lèvre.

Je fais des parallèles qui n’ont aucune logique scientifique mais les meilleures années du club en terme de classement correspondent à celles où je me suis le plus marré, celles encore où il y avait la place pour le rire, les gags, les concours de coup franc mythiques. On avait pas nos jolis bureaux mais on avait un état d’esprit de camaraderie, avec les bons côtés et les côtés lourdauds. Bon on bossait quand même attention.
On dit qu’il est dur pour un Homme de franchir les frontières imaginaires entre les classes sociales. Assimiler de nouveaux codes, de nouvelles contraintes, de nouvelles logiques. 

Il en va de même pour les structures humaines. Il est dur de grandir sans se perdre. Pas impossible, mais compliqué. Je pense que l’embourgeoisement du Muc 72 s’est mal passé. Pas seulement une question de recrutement raté, de coachs ou même de stade. C’est trop simple. On s’est renfermé dans nos bureaux, dans notre protection personnelle, on a commencé à se méfier les uns des autres, on s’est éloigné, peut-être un peu apeuré par tous les nouveaux visages qui affluaient dans le club. Un mouvement naturel, humain. On a pas su grandir tous ensemble. Des clans se sont formés, les oreilles du Président recevaient de plus en plus de chuchoteurs. Il ne doit pas être simple de gouverner dans ces temps-là. Loin de moi l’idée de faire le rabat-joie, de « cracher dans la soupe ». Simplement envie de témoigner de mon ressenti, qui ne vaut pas plus qu’un autre.

En tant que club on a commencé à s’afficher. Après nos belles installations est venue le temps des ambitions exposées, choses avec lesquelles j’étais plutôt mal à l’aise pour ne pas dire plus. Je ne juge personne. Je témoigne de ma perception en partant de ma conception de la vie, des valeurs qui sont les miennes. Il me semble que la culture locale, ou en tout cas sa reconnaissance, est important dans le lien qu’un club possède avec ses supporters. Que veut dire « se reconnaître » dans un club, dans un groupe ? On a quitté nos algécos, pris nos nouveaux bureaux, regardé le nouveau stade sortir de terre. Excité par tout cet engouement, grisé par les succès de l’équipe, on a cru à des choses sans doute. Toujours est-il qu’un mouvement s’est opéré à cette époque. Il était moins question de foot et plus question de développement, de stade, de finances… Tout est devenu urgent, urgence.

Ceux qui me connaissent bien savent que je me méfie des institutions. La notion de taille et de croissance est un sujet éminemment intéressant à mes yeux. Y-a-t’il un intérêt à grandir tout le temps ? Ou le maintien de l’existant n’est-il pas déjà une chose magnifique ? Surtout quand on est Le Mans ? Je pose des questions, j’ai des intuitions mais je n’irais pas plus loin, en tout cas pas ce soir !

J’espère de tout cœur que ce texte sera pris tel qu’il a été écrit. Un témoignage, des questionnements, et non pas un jugement. Un écrit d’instinct. On ne se refait pas. Après tout je suis petit-fils d’un agriculteur qui avait su à l’époque résister aux chants des sirènes et à la course aux équipements. Aujourd’hui, il regarde toujours sa ferme de là-haut. Je n’y peux rien, j’ai été si fier de sa justesse d’analyse, de son courage à résister et de son humilité.

Et oui, on peut passer d’un algéco à la culture sans aucun problème.

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En septembre 2024, je me lancerai dans une nouvelle formule, avec sans doute des interviews de joueurs, actuels ou anciens, du Mans ou des focus sur des anciens joueurs qui ont peu joué en pro mais qui ont percé ailleurs.