La deuche.
Elle dort encore dans le garage familial à ce jour. Mon départ en Italie
l’a condamné à un long et injuste sommeil. Elle attend un baiser pour la réveiller.
Je ne suis pas le seul à avoir vécu des trucs incroyables au Muc 72. Elle aussi a vécu des grands moments à la Pincenardière. La belle courbe de l’entrée du centre d’entraînement a entendu de nombreux rires au passage de la 2cv, surtout le midi quand on revenait d’Arnage. Il faut dire que ça penchait fort.
Elle qui est une voiture du peuple, elle aura connu quelques moments de lumière, de vrais quarts d’heure warholien.
Rembobinons. En 2002, j’ai à peine 20 ans quand Martin Keown termine sa carrière internationale avec l’équipe d’Angleterre
, dont il aurait même été capitaine. Le rugueux défenseur central a été un des joueurs symboles d’Arsenal, avec lequel il a remporté 3 championnats. Une légende Made in England. Alors à ce moment qui aurait cru que ce cliché existerait ?
Je m’en suis amusé longtemps. C’est Daniel Jeandupeux qui en a eu l’idée, lui qui était amoureux de ma voiture et qui m’avait même proposé de l’acheter. Refusé. A côté de Martin Keown, qui était venu en stage une semaine au Mans grâce aux relations du même Daniel avec le grand Arsène Wenger, le journaliste de Canal + Darren Tulett.
Martin Keown avait illuminé la Pincenardière de sa présence, avait reçu beaucoup de respect et en avait donné beaucoup. Je me rappelle avec bonheur de ses séances effectuées auprès de Régis Beunardeau. Que de sourires. Un très beau souvenir. Martin était venu en France accompagner de son fiston Niall Keown, alors âgé de 11 ans, et de sa femme. Pour ceux du club qui se rappelle du fiston, il a aujourd’hui 28 ans et est coach chez les jeunes à l’Oxford United en troisième division anglaise… Le temps passe. Bientôt le fiston de Brault Nicolas aura son permis et on prendra une belle claque ! En attendant il a quelques poissons au compteur avec son papa, pêcheur comme l’était aussi le suédois
Fredrik Strømstad, dont j’aurais tellement apprécié le sourire et les qualités humaines.
Autre souvenir épique pour la 2cv, cette fois avec Henri Legarda, dont j’ai toujours apprécié la simplicité sous pas mal d’aspects. OK nous ne sommes pas du même monde, mais « Riton » montrait de la proximité.
Ainsi, un midi en semaine, Henri a besoin de retourner dans ses locaux de Vallée, situés sur le boulevard Lefaucheux, à quelques kilomètres de la Pince. Je ne me rappelle plus les circonstances exactes et pourquoi je me trouvais dans les parages présidentiels ce jour-là, mais j’en viens à lui proposer de le ramener. Il accepte sans hésiter, presque heureux.
Et voilà que je me retrouve dans la deuche avec LE Président, « mon » Président éternel, mallette d’affaires posée sur les cuisses, évidemment en costume. Un Président connu pour sa Bentley et qui saute dans une 2cv avec gourmandise. J’ai aimé ce côté-là de Henri : il était surprenant. Tous ceux qui l’ont connu témoigneront.
Capable d’être irascible un instant et humain au cœur tendre à d’autres moments. J’avais une relation particulière avec lui : il a d’abord tenté de me « remettre » sur le droit chemin des horaires avant d’accepter ma différence, et de m’octroyer un statut spécial avec sa grosse voix : « ok Charles, mais pas après 10 heures hein ».
Quand on roule en 2cv on vit forcément dans un autre espace temps.