Chronique 18/34

Rudi Garcia Le Mans FC

La grande évasion

Parce que Rillettes et Paillettes ne peuvent pas s’accommoder bien longtemps, il faut bien évoquer cette fin de saison 2007-2008. La fameuse plus belle saison du club.
 
Un léger gout d’amertume accompagne pourtant la fin de la quatrième saison en Ligue 1 du club. Encore sixièmes au soir de la 31ème journée, les manceaux finissent finalement neuvièmes alors qu’ils ont passé quasi toute la saison dans le premier tiers du classement. Mais le pire est à venir pour les pauvres cœurs de supporters manceaux.
 
Daisuke Matsui part libre à St Etienne après avoir été un des symboles de la réussite mancelle pendant 4 saisons, Stéphane Sessegnon signe au PSG – Paris Saint-Germain, Romaric au Sevilla FC, Marko Basa au Lokomotiv Moscou, Jean Calvé part à Nancy, Hassan Yebda à Benfica, Mamadou Samassa à Marseille, Martin Douillard à Clermont. Une vraie saignée. 5 titulaires dont quasiment tout le milieu de terrain. Sans compter le départ du technicien Rudi Garcia qui file à Lille après seulement une saison au Mans !
 
C’est sans doute la rançon du succès, mais la note est salée, très salée. En interne, on est pourtant peu inquiet. Je dirais que l’on était sensible au même mal qui a touché joueurs, coachs, dirigeants après tous ces succès. On se les aient accaparés. On a cru qu’il y avait une formule magique. Que c’était le club qui était spécial au point de transformer tout ce qu’il touchait en or. C’était oublié que ce sont les humains qui font la réussite, pas les structures. C’est le ressenti que j’ai de ces années. J’ai eu la sensation que le départ de Rudi a marqué symboliquement le début d’une ère de « mercenaires » au club, même si le mot est un peu fort. Les joueurs venaient au Mans pour mieux le quitter.
 
J’ai déjà évoqué ici le séminaire que l’on avait fait tous ensemble, ce fameux séminaire d’où est sorti cette ineptie des « 50 plus grands clubs européens ». J’avais détesté ce séminaire, où soit disant on voulait nous guider vers la réussite collective. J’en retiens deux choses : l’ivresse monumentale du samedi soir que je ne raconterais pas ici malgré un nombre de dossiers incalculables et inoubliables et un jeu très étrange où il s’agissait de tromper son adversaire pour gagner, tout en cherchant sa confiance. Je suis trop ingénu, mais un jeu aussi cynique proposé dans le cadre d’un séminaire collectif. Peut-être ne suis-je pas assez éveillé pour en comprendre le sens. Toujours est-il que l’équipe de Rudi avait gagné ce jeu bizarre et que j’en avais été un peu marqué.
 
Ce été là, la confiance a commencé à nous lâcher. Ou plutôt c’est tout un club qui a commencé à lâcher cette valeur. Les uns ont commencé à critiquer les autres. Les autres à critiquer les uns. Daniel Jeandupeux a été de plus en plus seul, a perdu l’écoute d’Henri qui d’un coup aimait écouter d’autres personnes. Ce qui est « rigolo » dans ma position, c’est que tout le monde me disait tout. J’étais sous la ligne de flottaison des gens importants, donc j’avais toutes les infos de partout. Ce qui a fini par me mettre quand même dans des situations inconfortables je dois l’admettre, surtout dans les dernières années.
 
Pour revenir au terrain, avant d’attaquer la saison 2008-2009 avec Yves Bertucci sur le banc, regardons du côté des arrivées après cette liste de départs impressionnante. Roland Lamah, Fredrik Strømstad, Thorstein Heggem Helstad et Marcelo Estigarribia signent au Muc 72 cet été-là. Ce dernier restera une grande déception dans mon cœur et un cas très symbolique de cette nouvelle période. International paraguayen, il aura été très mal accueilli au club et a surtout subi la défiance des coachs, des journalistes, du personnel. C’est ma vision et elle est peut-être très subjective. Mais voir le sourire d’un joueur s’évaporer après quelques mois est toujours de mauvaise augure. Un autre signe m’a toujours mis des regrets: les bons joueurs se reconnaissent tout le temps. Et à l’entraînement, Marcelo s’échauffait tout le temps avec Gervinho. L’ailier gauche se rattrapera en 2012 avec un titre de Champion d’Italie avec la Juventus.
 
Par ailleurs, Frédéric Thomas fait son grand retour au club après deux saisons à Auxerre. C’est un petit rayon de soleil pour les supporters et le personnel du club qui voient revenir une figure importante dans le vestiaire. Captain. Fred, ou plutôt Touff, a participé à la première période dorée du club et son retour est un gage de sécurité pour l’équipe, qui pourra compter sur sa régularité et son côté métronome au milieu. Il composera avec Mathieu Coutadeur le nouveau milieu de terrain du Mans, avec Gervinho à droite. Sur le papier, malgré les départs, l’équipe a encore de l’allure.
 
Et d’ailleurs, l’équipe va réaliser un super début de saison avec Yves aux commandes.

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En septembre 2024, je me lancerai dans une nouvelle formule, avec sans doute des interviews de joueurs, actuels ou anciens, du Mans ou des focus sur des anciens joueurs qui ont peu joué en pro mais qui ont percé ailleurs.