Chronique 19/34

Modibo Maiga le mans fc
Juin 2008.
 
La « vieille » Pincenardière laisse place à une nouvelle mouture, superbe écrin dans l’absolu pour travailler. Après des années à travailler en open space et à souffrir des concours de coup franc d’Alexandre Bazire, Frédéric Trouillet pourrait enfin rentrer de ses tournées commerciales sans prononcer un « oh non les gars » en retrouvant son bureau sans dessus dessous, non sans qu’un « dans ton c°° Trouillet » ne vienne accompagner la scène. Moi qui suis quand même un ado éternel, cette ambiance collégienne me plaisait, j’avoue que j’aurais pris du rab. Je me rappelle encore avoir vu Rudi Garcia dans les couloirs de cette nouvelle Pincenardière quand Frédéric Bompard, son éternel adjoint, sorte d’Iggy Pop du foot pro, était venu visiter le club. Quelques jours plus tard, les deux entraîneurs signaient à Lille. Rudi était encore sous contrat, mais la proposition lilloise était trop alléchante.
 
Quelques semaines plus tard à la reprise, Romaric tente de perdre les 10 kilos que lui réclame Séville pour le signer. Notre talentueux ivoirien s’est un peu laissé en fin de saison et pendant les vacances. Quand Rudi a laissé le club, le vestiaire est dans un état un peu particulier. Les joueurs titulaires du onze veulent quasi tous partir, et les remplaçants qui jouaient peu ont perdu confiance. Je me rappelle ainsi de la lassitude d’un Guillaume Loriot qui jouait trop peu. Le milieu de terrain à la patte gauche soyeuse partira à Clermont pour la saison 2008-2009. Marko Basa, qui ne s’entraînait plus qu’à partir du jeudi, est enfin libéré et part en Russie. Il reviendra en France pour être Champion de France avec Lille. Comme Laurent Blanc, Rudi Garcia a un management particulier. Il est proche des joueurs, les met en confiance, les valorise, les chouchoute… J’ai eu la sensation que le club a fini par payer cette politique. Mais peut-être n’y avait-il rien à faire et on payait simplement notre côté « All Star » des dernières saisons, avec un paquet de joueurs frissons difficiles à remplacer, à réinventer. Je me rappelle que tous les amateurs de football regardaient notre équipe et connaissaient nos joueurs. Toutes les lignes étaient habitées par le talent.
 
C’est Yves Bertucci qui remplace Rudi Garcia. Personnellement, je suis confiant. J’adore regarder les entrainements de Yves et je vais souvent voir la CFA, surtout depuis que Daniel Jeandupeux m’a demandé de filmer les matchs, sur demande des coachs. Yves adore le jeu, inculque un bel état d’esprit à ses équipes. Tout en ayant un caractère bien trempé : je me rappelle quand, insatisfait du rythme ou de la qualité à l’entrainement, il faisait rentrer tout le monde au vestiaire. Un passionné. Une personne si gentille aussi. C’est pour tous ces éléments que personnellement j’étais confiant avec Yves Bertucci, d’autant qu’il avait déjà coaché avec la réserve un paquet de joueurs de l’équipe A : Mathieu Coutadeur, Samuel Bouhours, Mathieu Dossevi, Modibo Maïga, Ludovic Baal, mais aussi Yohann Pelé, Fred Thomas…
 
Avoir Yves en tant que coach, c’est l’occasion de vivre une certaine période de sérénité familiale en interne, une sorte de chant de cygne collectif. Yves, c’est 10 ans de club, lui qui est arrivé en 1998 en provenance de Cannes pour encadrer l’équipe réserve et la formation mancelle. On lui doit tant, comme à Alain Pascalou et à tous les autres éducateurs historiques du club (Régis Beunardeau, Jérôme Drouin, Stephane Guedet). C’est aussi pour cette raison que son éviction sera si une si grande fracture. La famille se déchire et ça n’en finira plus jusqu’en 2013, 4 ans plus tard…
 
En attendant, le début de saison est réussie, entre bonne intégration des recrues et bons résultats. Le soir de la 4ème journée, les coéquipiers de Frédéric Thomas sont quatrièmes avec 3 victoires en 4 matchs. L’équipe a envie de montrer que malgré les départs il y a toujours de la qualité. L’état d’esprit est bon et la superbe victoire 4-1 à Nantes le 30 aout 2008 est un de mes meilleurs souvenirs sportifs, avec des superbes buts de Modibo Maiga et Thorstein Helstad. J’étais très fan des qualités individuelles de Modibo Maiga, de son crochet court du gauche et de ses buts spectaculaires. La composition ce soir-là à Nantes :

Le Mans : Pelé – Camara, Cerdan, Geder, Ben Frej – Coutadeur, Thomas, Strømstad (Keita, 78ème) – Maiga (Lamah, 90ème), Helstad (Gervinho, 65ème), Le Tallec.
 
La réussite de Yves me rappelle celle de Pierre Aristouy à Nantes cette saison. Un éducateur passionné et doué, mais pour lequel les dangers sont nombreux (méfiance de certains dirigeants, facilité des joueurs qui jouent moins à critiquer, supporters frustrés, médias…). Le milieu du football est parfois si dur.
 
En attendant, écrire sur cette période me refait penser avec douceur aux nombreuses personnes côtoyés pendant toutes ces années et pour lesquelles j’avais tant d’affection. Magalie, Alain, Nicolas, Fred, Régis, Daniel, Olivier… Une grande famille qui l’est restée très longtemps avant de connaitre un mauvais quart d’heure, une sorte de dispute qui dure.
 
Mais une grande famille qui se retrouvera un jour c’est sûr. Malgré les blessures et les erreurs. Tout ça est si humain.

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