Si j’étais si confiant et si heureux quand Yves Bertucci a été nommé à la tête de l’équipe à l’été 2008, c’est que j’étais un grand passionné du travail de la formation. Rien de plus beau que de voir un jeune rentrer dans l’équipe fanion après des années de travail et de sacrifices au centre de formation. J’étais fan.
Dès que je suis arrivé au club, j’ai passé énormément de temps (trop sans doute pour mes collègues mais la passion l’emportait) à aller assister aux entraînements de la réserve, des U19 de Régis Beunardeau ou des U17 de Stephane Guedet. Je pense avoir été plutôt généreux avec les supporters du club, qui pouvaient suivre la formation de manière beaucoup plus assidue que par le passé.
Ainsi me revient ce déplacement à Poitiers en 2005-2006 avec les U19 pour un match de Coupe Gambardella. Dans cette équipe, il y avait 3 grands talents à mes yeux : Kevin Portales, technicien incroyable, Mathieu Dossevi (photo ci-dessus), dribbleur au style chaloupé qui faisait ressurgir James Fanchone, et Abdou Dieye, dont la spontanéité devant le but et la vitesse me ravissaient. Un seul du trio a percé au Mans. Le haut niveau est impitoyable. Dans cette équipe, il y avait aussi mon ami Fernander Kassai, monstre de gentillesse qui a joué en Ligue 2 avec Le Mans. Je les ai tant aimé ces joueurs, sans doute de manière irrationnelle et déraisonnable. Longtemps, mon joueur « préféré » du centre a été Mathieu Coutadeur, milieu technique et intelligent. A l’époque, la technique de Mamadou Samassa me plaisait aussi beaucoup. Dommage qu’il ne marquait pas davantage, mais quelle élégance dans les prises de balle dos au but. Un souvenir de Bollée remonte : séance d’entraînement et opposition entre les pros. Mamadou Samassa avait mis Marko Basa par terre sur une série de passements de jambes après une course en profondeur. Souvenir marquant car le serbe n’était pas coutumier de ce genre d’épisodes.
Mélangeons la passion avec la raison. Je me rappelle de discussions que j’avais avec Daniel Jeandupeux avant les signatures d’Abdou Dieye et de Mathieu Dossevi. En bon supporter, je désirai les voir signer, coûte que coûte. Daniel lui, fidèle à sa politique de hiérarchie salariale, trouvait risqué de leur accorder le salaire qu’ils réclamaient. Le club avait entamé une nouvelle ère au niveau des salaires, et la problématique n’allait cesser de grandir dans les années suivantes. C’est toute la difficulté des clubs pros : garder leurs joueurs, s’aligner sur les salaires, contenter les supporters, garder un niveau de compétitivité suffisant. Donner le salaire à ces deux jeunes que les agents réclamaient, c’étaient pour Daniel la certitude de voir rappliquer le reste des joueurs de l’effectif pour renégocier à la hausse. Le futur lui donnera raison. Et comme Henri Legarda écoutait Daniel de manière de plus en plus aléatoire.
Bon personnellement j’étais heureux comme un supporter : deux nouveaux jeunes du centre de formation rentraient dans le groupe pro. Mathieu jouera de nombreux matchs au club (45 matchs de championnat pour 6 buts), Abdou n’aura jamais sa chance.