Chronique 26/34

A partir du 17 janvier 2010, l’équipe du Mans tombe dans les trois dernières places du classement de Ligue 1 et ne ressortira jamais de cette zone de relégation. Quand Paulo Duarte est licencié au profit d’Arnaud Cormier le 9 décembre 2009, le mal est fait. Après des débuts encourageants en championnat (2-2 face à l’ogre lyonnais lors de l’ouverture de la saison), l’équipe a perdu complètement confiance. Elle est capable de gagner des matchs, notamment contre les concurrents directs, mais les séries négatives plombent la saison (aucune victoire entre le 27 septembre et le 12 décembre, 6 défaites consécutives en L1 entre janvier/février).
 
La confiance. Un mot qui n’existe plus chez nous et qui au contraire s’est transformé en défiance. Paulo Duarte avait déclaré n’avoir que « 14 joueurs de niveau Ligue 1 » à sa disposition. Ou comment faire du mal à un groupe jeune qui avait besoin de se sentir mis en confiance. La psychologie du groupe est offert aux vents et aux critiques. Un autre spectre rôde autour du club. Celui du nouveau stade, le très fameux MMArena. Alors en construction, il a été lancé pour un projet de club en Ligue 1, tout cela rajoute une « petite pincée » de pression sur l’équipe.
 
Pour un club comme Le Mans, c’est trop. Le risque pour la ville et le club est grand. La ville ET le club. Les médias locaux, et l’opinion formée par ses mêmes médias locaux, mettent la pression sur le club. Exemple ironique de la probité qui règne, le journaliste en charge du dossier Le Mans FC chez France 3 régions est le mari de l’attaché de presse du Maire J-C Boulard. La vie fait quand même bien les choses dans une ville-village comme Le Mans. J-C chef de bande.
 
Tout ce cirque humain et politique m’a profondément chamboulé, moi l’ingénu éternel. J’ai été écœuré pendant de longues années. Je ne suis jamais retourné voir un match du club jusqu’à maintenant.
 
La ville et le club sont liés à partir de mai 2008 par les liens du sang. Par le premier stade de France financé grâce au PPP, loin d’être divertissant comme peut l’être un JPP bondissant. Le Partenariat Public-Privé est une structure juridique qui lie un organisme public et des acteurs privés pour un projet d’envergure, en l’occurrence dans ce cas la ville du Mans, le club et Vinci. Le contrat est en moyenne conclu sur 15/25 ans entre les acteurs. Au Mans, 33 ans… Ce qui déjà aurait du mettre la puce à l’oreille sur la prise de risque de la ville et du club. Vinci est dans un fauteuil vu les clauses du contrat, qui prévoient que le constructeur puisse réclamer son dû et s’en aller si les revenus ne sont pas au rendez-vous.
 
Et qui prendrai en charge ? Le contribuable. Toi, moi, ma tante, mes potes… Je suis fan de football mais aussi épris de justice sociale, et tout cela ne me paraît pas « juste ». Chacun se fait son avis. Depuis le début des PPP en 2004, je cite les pouvoirs publics, « l’Inspection générale des finances puis la Cour des comptes ont dénoncé les surcoûts induits par les PPP ». Tiens, étonnant. En tant que citoyen de la ville du Mans et étant donné les incidences pour la ville, je n’ai jamais compris pourquoi ce contrat n’avait pas obligation à être rendu public. On ne refait pas les institutions et les arcanes du pouvoir, mais on est en droit de se poser des questions sur les gardes-fous mis en place par l’État pour éviter les abus.
 
Dans cette histoire, comment un petit club comme Le Mans peut-il se mettre à la table des négociations avec Vinci, un des plus gros groupes mondial de construction, et J-C Boulard, maire du Mans pendant près de 20 ans ? J’ai tendance à penser qu’il s’assoit et écoute. Qu’il opine de la tête et accepte. Peut-être même a-t-on installé une table des enfants pour lui ?
 
Vinci au Mans a reçu le Tram, les parkings souterrains, le stade et donc le théâtre. Tout cela a été voté, tout cela est sans doute respectueux des règles républicaines. Mais tout cela est sans doute un peu léger vu les enjeux financiers pour les pouvoirs publics.
 
Oui je ne parle plus football. Mais figurez-vous qu’en interne non plus on ne parle plus football à ce moment-là. Ou alors on parle résultat en relation à autre chose que le football. Les joueurs et les staffs successifs se retrouvent coincés dans cette machine à broyer inéluctable. Le scénario d’un retour en Ligue 2 a semble-t-il été sous estimé, avec les conséquences que l’on sait. A la clé des emplois, un club et son histoire… On sait que les différences de revenus sont immenses entre l’élite et son anti-chambre. La masse salariale du club a augmenté au fur et à mesure des années Ligue 1 et les revenus sont de plus en plus faibles, d’autant que le club n’a plus en son sein de joueurs côtés. En fin de saison 2009-2010, seuls Mathieu Dossevi (VA), Anthony Le Tallec (Auxerre) et Modibo Maiga (Sochaux) sont vendus pour tenter de renflouer les caisses.
 
Les conditions de l’exercice d’équilibriste entre compétitivité et finances vont être de plus en plus difficiles.
 
Beaucoup trop de vents contraires.

Soutenez-mon activitÉ d'écriture

L’écriture de ces 34 chroniques représentent plus de 70 heures de travail sur la saison 2023-2024. Pour m’aider dans mon activité d’écriture et l’encourager, vous avez la possibilité d’effectuer un don.

En septembre 2024, je me lancerai dans une nouvelle formule, avec sans doute des interviews de joueurs, actuels ou anciens, du Mans ou des focus sur des anciens joueurs qui ont peu joué en pro mais qui ont percé ailleurs.