Chronique 32/34

Jérémy Janot le mans fc
Septembre 2013. Tout est calme à la Pincenardière. Les oiseaux chantent et rythment l’été indien. Plus de nouvelle depuis longtemps du cowboy Claude Hervé, le lapin du chapeau de Jean-Claude Boulard. Aucune reprise du club par un nouveau propriétaire n’est plus envisageable. Jean-Claude ne veut plus entendre parler du club, ça lui torture trop les tripes. L’opticien manceau Jean-François Bracq (Lissac – Maison Bracq) ne traîne plus dans les bureaux de la Pince, lui dont la présence ne nous a jamais été explicité. Encore sans doute le mystère des hauteurs, ce brouillard qui enveloppe la vallée de ceux à qui on n’explique rien car ils ne pourraient pas comprendre.
 
De nombreux salariés ont déjà quitté le club, ainsi qu’une grande majorité de joueurs. Sur les terrains d’entraînement, Régis Beunardeau, Stéphane Guedet et Jérôme Drouin entrainent avec tout l’enthousiasme du monde les quelques ouailles encore présentes. Les championnats ont repris sans nous. C’est la fin. Les petits moments cathartiques ne suffisent pas. Même les délires potaches avec Jérémie Janot et tonton Fred Tant ont un goût amer. On rigole pour ne pas pleurer.
 
En tant que délégué du personnel, je suis « invité » à vivre jusqu’au bout l’agonie sociale du club. C’est la loi. C’est une période très triste. Je pense à toutes ces choses qui ont été construites, à tous ces jeunes qui ont été formés ici et qui vont partir sans revenir le maillot sang et or. Je pense à tous les rêves que l’on avait encore.
 
Le liquidateur judiciaire et son homologue commissaire priseur, sympathiques au demeurant, sont devenus des collègues de travail. C’est dur de leur dire bonjour comme si de rien était. Ils ressemblent quand même à ces bougres qui se servent sur les cadavres. Ils ne font respecter que le droit me direz-vous et vous aurez raison. Ce même droit non respecté quelques mois plus tôt par le palais de justice du Mans. Encore ce brouillard.
 
Nous nous interrogeons ensuite collectivement sur le sentiment populaire de méfiance voire de défiance envers les institutions et nous avons raison.
 
11 ans plus tard les questions sont toujours là, mais je ne cherche plus de réponse. Albert Camus aurait prononcé « l’homme se retrouve dans la seule valeur qui puisse les sauver du nihilisme: la longue complicité des hommes aux prises avec leur destin ». J’aime cette phrase, elle m’adoucit. Elle me remet à ma place, sur terre. Ma curiosité fut un vilain défaut car je me suis brûlé les ailes en me rapprochant du soleil moi aussi.
 
Ma colère d’avoir vu et vécu ce feu profane finira bien par se perdre dans les labyrinthes de mot que je lui ai concocté ici. Je veux vivre en étant heureux de l’avoir vécu, sans laisser au ressentiment de miettes car il en fait des festins de triste sir.
 
Pour moi, pour ma fille, pour ma compagne, pour Blandine.

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En septembre 2024, je me lancerai dans une nouvelle formule, avec sans doute des interviews de joueurs, actuels ou anciens, du Mans ou des focus sur des anciens joueurs qui ont peu joué en pro mais qui ont percé ailleurs.