Chronique 15/34

Alain Pascalou répétait souvent que plus un joueur se rapprochait de son pic de forme plus le risque de blessure augmentait. Sans en juger la véracité scientifique, c’est un type de paradoxe qui se comprend philosophiquement. Le point de rupture. Un peu comme « plus on gagne plus on se rapproche de la défaite« . C’est un point de vue qui peut être intéressant à intégrer pour faire toujours mieux, soigner les détails, tout faire pour que cet « état » dure…
 
La saison 2007-2008 du Mans FC représente pour moi cette bascule. A la fois la plus belle saison de l’histoire du club mais aussi celle où la chute a débuté. Où le club familial est devenu une entreprise. Où il est plus question d’efficacité que de sentiments.
 
Rembobinons. La saison 2006-2007 s’achève avec une 12ème place et une mue s’opère, pas spécialement prévue : Frédéric Hantz quitte le club direction Sochaux et Rudi Garcia arrive. Le technicien de Dijon a une jolie côte sur le marché. Il affiche de l’ambition face aux supporters, aux médias et devant ses joueurs, avec un 4-3-3 qui donne envie. Surtout avec un milieu axial composé de Sessegnon, Romaric, Coutadeur ou encore Yebda. De la technique et du physique… Le départ de Grafite à la fin du mois d’août était prévu dans toutes les têtes et ne perturbera même pas l’équipe, dont l’animation offensive reposera désormais sur le feu follet Gervinho. L’Ivoirien est arrivé de Beveren dès la fin de la saison précédente, auréolé d’une belle réputation de dribbleur. Ismaël Bangoura est parti, vive Gervinho. Le nouveau neuf titulaire se nomme quant à lui Tulio De Melo.
 
Si Le Mans est premier au bout de 3 journées et une prestigieuse victoire à Bordeaux (2-1) absolument méritée, c’est surtout la 4ème place au soir de la 26ème journée qui est notable. Les coéquipiers de Romaric, capitaine, l’emportent 2-1 sur le terrain de Valenciennes avec des buts de Marko Basa et d’Anthony Le Tallec, prêté par Liverpool FC. Un joueur se fait particulièrement aussi plaisir dans cette équipe, c’est Daisuke Matsui, titulaire le plus souvent à gauche. Il avait un peu souffert de l’exigence de Frédéric Hantz, il va se régaler dans le système un peu plus libre de Rudi Garcia.
 
L’international japonais signera avec Rudi sa plus belle saison sous les couleurs mancelles, avec 5 buts et 4 passes décisives en championnat. Et comme un symbole, il marquera pour Le Mans son but le plus marquant en 2007 – 2008. Les deux mots « Monaco » et « Matsui » suffisent à réveiller des souvenirs incroyables dans la mémoire du supporter manceau. Ce soir-là, Jean Calvé sur l’aile droite cherche Tulio De Melo dans la surface et trouve Daisuke Matsui qui signe un geste instinctif et magique… Même la défaite 3-1 sur le Rocher passera au second plan. On peut regarder le ralenti 100 fois pour comprendre le geste et l’intention ! Merci « Daï » pour le sourire que tu portais tous les jours sur les terrains d’entrainement et pour l’esthétisme que tu amenais naturellement au jeu. Comme tu restais quelqu’un de discret, je n’ai jamais pu te dire merci pour toutes ces années de bonheur. Et d’ailleurs, si finalement c’était toi le talisman de ces belles années ? En tout cas, j’étais absolument fan de ton dribble « Garrincha » et admiratif de ta qualité de passe, une des meilleures que j’ai vu avec Stéphane Sessegnon et Fredrik Strømstad, qui arrivera en 2008-2009.
 
Comme tout semble fonctionner, on se met à croire au fait que c’est le club qui a trouvé la bonne recette. Pourtant, de petits faits montrent ici et là que le danger guette.
 
Pèle-mêle, au fil des mois, ces perceptions se font de plus en plus fortes :
– Romaric prend du poids.
– Marko Basa passe son temps à l’infirmerie et ne s’entraîne qu’à partir du jeudi. Le samedi il joue.
– L’équipe-type ne bouge pas et les titulaires ont des statuts.
– Les remplaçants semblent lâcher.

J’ai comparé le management de Rudi Garcia avec celui de Laurent Blanc à Bordeaux : des cadres bichonnés par leur manager puis… le grand départ. Départ du manager, départ des cadres… Et là, ne reste que les « lésés ». Qui ont de la mémoire…
 
Un vrai terreau dangereux.

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En septembre 2024, je me lancerai dans une nouvelle formule, avec sans doute des interviews de joueurs, actuels ou anciens, du Mans ou des focus sur des anciens joueurs qui ont peu joué en pro mais qui ont percé ailleurs.