Le football est pour moi « un tremplin vers l’ouverture ». J’ai toujours été sensible « à l’étranger », à ce qui est « hors du commun » selon la définition d’étrange. Bercé à l’universalisme et voyageur grâce à mes parents depuis mon plus jeune âge, je pensais naïvement que tout un chacun était ouvert à l’inconnu. Il n’en est rien en vérité.
Alors quand Thorstein Helstad et Fredrik Strømstad signent au Mans à l’été 2008, je suis heureux. Le côté international et babylonien du club, personnellement j’adore. J’en suis persuadé, on ne peut que s’enrichir de cette particularité. Il n’en est rien en vérité.
Thorstein a déjà une grosse carrière de buteur derrière lui et reste sur 2 énormes saisons à Brann Bergen
(33 buts en 36 matchs). Le buteur aux (longs) pieds d’or, qui déteste jouer de la tête malgré sa taille, a déjà tenté sa chance à Leeds, un club que j’adore, en 2000-2001! International, il a tout pour réussir au Mans. Son compatriote Fredrik a lui moins d’expérience mais présente un profil de bon technicien, habile à la dernière passe. D’ailleurs, après seulement 4 journées de championnat, le duo part fort en Championnat de France : Thorstein compte 3 buts, Fredrik 3 passes décisives…
Daniel Jeandupeux qui a été chercher les deux joueurs peut être rassuré. Yves Bertucci peut compter sur les deux joueurs. L’aspect rigolo du duo au début, c’est qu’on a voulu les rapprocher simplement parce qu’ils étaient norvégiens alors qu’ils avaient tous les deux une personnalité bien différente. Thortstein était plutôt distant et froid, Fredrik avait ce petit coté « Dai » dans le sens où il était très ouvert, et espiègle dans le regard.
Malheureusement pour Fredrik, une blessure au genou va venir effacer peu à peu ce sourire. Quel douleur cela a été pour moi de voir Fredrik souffrir et s’éloigner de tout le monde. Il n’y avait pas plus sympa que Fredrik. Je crois que vous pouvez demander à Nicolas Brault de vous raconter les parties de pêche avec lui. Que cela a du lui faire du bien à l’époque.
Les deux autres recrues « phare » de l’été 2008, Roland Lamah et Marcelo Estigarribia ont quand à elles connues des fortunes diverses. Le recrutement de ces deux joueurs, censés compenser le départ de Daisuke Matsui à gauche, est symbolique de nos futurs problèmes. Roland va bénéficier de la confiance des coachs tandis que Marcelo au contraire reçoit rapidement de la défiance. Ne parlant pas français, n’ayant jamais joué en Europe, l’acclimatation est difficile pour le paraguayen
. Pourtant, on l’a vu briller avant la Coupe d’Europe face à l’équipe de France, réduisant Franck Ribery au silence lors d’un 0-0 préparatoire au Stade de France. Ce soir-là personnellement je n’avais vu que Marcelo, son activité et sa patte gauche. Roland Lamah quant à lui parle français, ce qui facilite son intégration.
Je pensais donc naïvement que tout un chacun était ouvert à l’étranger. Il n’en est rien en vérité. Dans le sport professionnel comme dans la vie, on apprécie sa réussite, son échec nous renvoie à des miroirs complexes…
Toutes ces diverses expériences d’intégration montrent à quel point nos parcours de vie sont fragiles, composés parfois de lignes droites appelées réussites, mais aussi souvent de chutes ou de cassure. Heureusement la vie est complexe et offre de nouveaux cadeaux, bien au delà des résultats bruts, qui ne sont pas la vie elle-même.
D’ailleurs, si on se revoyait tous aujourd’hui, on ne parlerait pas résultats. On parlerait moments de vie et parties de pêche. N’est-ce pas Nico et Fredrik ?