C’est dur le football de haut niveau, surtout quand on est un « petit » club : il faut savoir resté raisonnable sans s’affaiblir. C’est une science qui appelle forcément des erreurs. Réussir des coups, accepter d’en perdre d’autres, laisser partir ses joueurs au bon moment, conserver certains éléments désirés ailleurs en les augmentant. On le voit sur des clubs comme Angers ou Lorient, l’équilibre est si difficile malgré la qualité du travail effectué. L’argent qui virevolte autour du football rend tout instable. Il paraît important dès lors de travailler la culture club.
Mais travailler la culture club à l’ère de la globalisation footballistique est un exercice forcément complexe. D’autant plus si les âmes qui peuplent un club ne sont pas alignées. Au Mans, un fossé a fini par se creuser entre les adeptes des recrues étrangères et les apôtres de la formation. Sans doute qu’à une certaine époque, le FC Nantes a dû vivre les mêmes dilemmes humains. L’idéal serait de réussir à trouver le juste équilibre : tout le monde n’est pas l’Athletic Bilbao. Personnellement, j’adorais quand le club réussissait des « coups » et j’étais aussi fan des jeunes formés au club. Le grand écart.
Avant que le club ne soit relégué administrativement en DH, j’ai vu Naby Deco Keïta s’entrainer avec les pros… Oui oui, l’ancien milieu de terrain de Liverpool, qui finalement s’engagera avec Istres plutôt qu’au Mans. C’est Franco Torchia qui avait déniché ce joueur. Franco, ce recruteur talentueux avec qui je m’entendais si bien. Quelle ne fut pas ma déception d’être si mal regardé par lui ou d’autres membres du club quand j’ai été élu délégué du personnel dans la dernière année.
Perso, cela ne m’intéressait pas d’être délégué du personnel. J’avais déjà suffisamment de tracas avec ce qui arrivait au club. Disons que le prix à payer pour sauver le club ou faciliter la reprise ne pouvait pas retomber sur les salariés du club. Et c’est ce qui pendait au nez de tous mes collègues si je n’avais pas « pris » cette place pour bloquer certains hommes et femmes fidèles coûte que coûte au Président et à ses avocats. Pour la faire courte, notre convention collective était en danger. Je ne juge personne aujourd’hui. Pas envie. Ou plus envie. Mais disons que mon amour du club n’était pas assez fort pour sacrifier certains principes de justice sociale. Chacun fait comme il peut avec sa réalité, son futur, son passé, sa culture.
Lorsqu’on vit une situation comme celle de la fin du club, on découvre l’humain avec toute sa complexité. Son côté prédateur. La survie coûte que coûte. Je ne me sors pas du lot. J’ai parfois honte de n’avoir pas réussi à l’époque à sortir de ces guerres claniques. Car au fond, l’amitié reste.
Il était tellement dur à l’époque de résister humainement à une histoire où se mêle politique, argent, passion, médias, pression populaire, JC Boulard, le 1er PPP de France, Vinci, Claude Hervé… Si Icare s’est trop rapproché du soleil, Henri aussi.
Le Mans FC, ton univers impitoyable.
Je n’ai pas résisté à la fonte des plombs.
De l’amour innocent et naïf, symbolisé par ma passion de la formation, à la découverte de la nature humaine dans toute son expression, il n’y a que 8 ans.