Encore 9 chroniques et il me semble que j’ai trainé sur les belles années et que je devrai accélérer sur les années douloureuses. Après tout c’est une belle chose. Cette 25ème chronique sera consacrée à la nomination de Paulo Duarte, ce fameux personnage passé en coup de vent au Mans du 2 juin au 9 décembre 2009. Sans remettre en cause les qualités du technicien lusitanien, j’ai tendance à penser que sa nomination a profondément marqué le club en interne.
Si ma mémoire est bonne, et je compte sur Jacques Hebert pour me corriger le cas échéant, Paulo Duarte est un choix personnel du Président Henri Legarda, charmé par ce personnage haut en couleur qui compte jusque là quelques jolis résultats au Portugal avec l’UD Leiria et avec la sélection du Burkina Faso. La préparation estivale a été plutôt plaisante et les intentions de jeu de l’équipe sont belles. Mais sont-elles adaptées au froid réalisme du championnat de France, où transformer les occasions de buts est nécessaire pour continuer à jouer dans le temps ? Une équipe qui joue bien mais perd a rapidement une « belle tête » de potentiel relégable.
Et c’est assez comique de trouver la photo de Mathieu Coutadeur en arrière plan sur la fiche wikipedia de Paulo Duarte, car le départ du milieu de terrain le 31 août 2009 vers Monaco sera un véritable coup de poignard pour Paulo Duarte et son staff. Étant donné que Gervinho a quitté le club pour Lille et que Yohann Pelé est parti à Toulouse, les « cadres » sont de moins en moins nombreux. Si les joueurs restaient trois saisons auparavant, on est plus sur deux saisons désormais (Gervinho 2007-2009, Sessegnon 2006-2008). La pression financière des autres clubs se fait sentir et la réussite du club ne passe plus du tout inaperçue. Il est difficile pour les jeunes joueurs de compenser ce manque d’expérience.
Ainsi, l’équipe a ce visage au 1er septembre 2009 :
Ovono – Baal, Cerdan, Andrade, Corchia – Strömstad, Thomas, Goulon, Dossevi – Helstad, Maïga.
Le début de championnat n’est pas catastrophique (7 points et une quinzième place après 7 journées et une belle victoire 3-0 face à Lens) mais une série de matchs sans victoire va ensuite attirer l’équipe en fin de tableau, position dont elle ne se sortira jamais cette saison-là. Les nombreuses arrivées de l’été et le manque d’expérience de l’équipe semblent insurmontables. Anthony Le Tallec ne touche pas du bois mais bel et bien la barre transversale. Un nombre incalculable de fois dans la saison, une dizaine de fois si je me rappelle bien. L’arrivée tardive d’Olivier Thomert en janvier n’arrangera rien, le joueur étant souvent blessé. Pourtant, ce fut un plaisir de voir la « patte » gauche de cette personne solaire de retour sur les terrains du Mans. Quel toucher.
L’Afrique a réussi à Henri dans ses affaires, elle réussissait à Paulo Duarte, à nos recruteurs. Je dirais que lorsque l’opportunité de signer Paulo Duarte est survenue, Henri Legarda a décidé à l’instinct, charmé donc par cet homme qui a évolué avec José Mourinho en 2001-2002 et emmené par sa propre réussite d’entrepreneur.
Après tout, depuis la remontée, tout ce que touchait, ou tentait, le club semblait se transformer en or, alors pourquoi ne pas continuer ? Après tout, toutes les saisons on nous avait mis dans les candidats à la descente et pourtant l’aventure continuait.
Mais avec le recul, cette saison 2009-2010, la jauge de l’incertitude était vraiment trop élevée. Le fait que Paulo Duarte n’était pas au Mans 100% de son temps n’était pas bon pour ce groupe jeune et inexpérimenté. Les jeunes pousses prometteuses ont besoin de cadres et de sérénité pour progresser. La culture club en a pris pour son grade en 2009-2010 et on a de plus en plus l’impression que le club sert plutôt qu’il n’est servi. La fameux tremplin s’est retourné contre nous. Un exemple ? Herold Goulon, arrivé de nul part en janvier 2009 et déjà sur le départ le 30 juin 2010, à l’issue de ses 18 mois de contrat. Il ne jouera jamais durant sa carrière autant qu’au Mans cette saison là. L’attachement au club est de moins en moins fort, l’instabilité de la direction sportive de plus en plus prégnante. L’équipe est forcément impactée.
Henri ne semble plus faire confiance à Daniel Jeandupeux, qui n’a même pas été consulté quand au choix du coach. Ovono et Andrade viennent rejoindre leur ancien coach. Les « familles » au sein de la famille, un sujet compliqué dès lors que les résultats ne sont pas là.
Et ce n’est pas le management un peu « hystérique » de Paulo Duarte qui amènera de la sérénité au groupe. Un souvenir m’a marqué : Paulo Duarte possédait (j’ai pesé le mot) un adjoint à qui il parlait vraiment mal. Cet homme, dont je ne me rappelle plus le nom, avait peur de son supérieur. Quelle place peut avoir la peur dans le management moderne ? Toujours est-il que les murs de la Pincenardière se rappelle encore des « pétages » de câble de Duarte. Un personnage. Mais la fragilité du club était telle que ce fut trop pour Le Mans. J’imagine que les joueurs en ont de bonnes sur leur ancien coach. Qui est passé au club sans vraiment le considérer comme une entité à respecter. C’est comme si il était resté bloqué à cette discussion lunaire qu’il a dû avoir avec Henri quelque part dans un aéroport. Il est resté le même sans nul doute ensuite. Droit dans ses bottes, droit dans ses principes de jeu, droit dans sa double casquette coach du Mans-sélectionneur du Burkina. Mais nous on a fait tout droit en Ligue 2.
A trop jouer on ne respecte plus le jeu.