Chronique 29/34

Roland Lamah le mans fc
Je ne vais pas pouvoir l’éviter. Évoquer là encore des regrets, de ceux que l’on met quelques temps à oublier. Que s’est-il passé pour que l’équipe, si bien placée en Ligue 2 et au-dessus dès qu’elle mettait les bons ingrédients, s’endorme à ce point lors de cette deuxième partie de saison ? Entre la 24ème journée et la 30ème, dans la ligne droite décisive du championnat, l’équipe ne parvient plus à gagner. Trop plein de confiance ? Un vestiaire plus complexe qu’il n’y parait ?
 
Pourtant Thorstein Helstad fait une saison incroyable (il finira à 21 buts en championnat), Jeff Louis explose, Roland Lamah percute, Khaled Adenon derrière se révèle. L’équipe se réveille en fin de championnat et enchaine les bons résultats jusqu’à un fameux match à Vannes. Dire que j’appréciais ce club. Sans doute parce que le Stade de la Rabine avait ce petit coté stade champêtre que j’aimais bien, qu’un de mes meilleurs amis habite Vannes. N’est-ce pas Yves ? 
 
Le soir du match, j’étais chez mon pote Nicolas au Mans, pas loin de la gare, avec des amis. A la pause, on mène 2-0. Je ne suis pas confiant pour autant, loin de là. « On mène 2-0 Charles, ça va aller », tente de me rassurer mes amis tandis que je vis la course à la montée si intensément. Je ne suis pas confiant. L’équipe mène 2-0 suite à un début de match sérieux mais depuis la 35ème minute, l’équipe a arrêté de jouer et subit des vagues de l’équipe de Vannes qui n’a rien à perdre et joue devant son public pour l’honneur. En passionné de foot, je sais combien c’est dur pour une équipe de se remettre à jouer après avoir abandonné toute ambition de jeu.
 
En seconde période, même scénario, avec quelques données supplémentaires : Jeff Louis est sorti à la pause pour Moussa Narry, méconnaissable depuis des mois. L’équipe subit toujours. Et ce qui pendait au nez de l’équipe d’Arnaud Cormier arrive : Vannes revient à 2-1 à la 60ème. Il est difficile d’évoquer la suite. Thorstein Helstad sort 2 minutes après la réduction du score vannetaise, lui qui avait marqué son premier doublé de la saison et qui était si important pour l’équipe. Avec le jeune et inexpérimenté Mamadou Wagué, Le Mans joue désormais avec 3 milieux défensifs, Roland Lamah et Fousseyni Cissé se débrouillant devant.
 
Malheureusement, Vannes égalise à la 75ème. Le Mans montre du caractère et réussit à repasser devant grâce à l’entrant Michael Poté, qui a remplacé un Moussa Narry inexistant à la 85ème. L’équipe reste fébrile. Vannes égalise à la 87ème. Et puis ce coup de poignard. Virgile Reset, habile gaucher déjà buteur à l’aller, prend la balle au milieu de terrain côté droit. Mamadou Wagué, pourtant plutôt rugueux, ne pense pas à « arrêter » l’attaquant breton en commettant une faute salvatrice. Reset et sa main gauche à la place du pied progresse jusqu’à l’entrée de la surface et d’une frappe enroulée, trompe un Ovono vraiment pas en forme ce soir-là. On perd 4-3.
 
Je repars de chez mes amis groggy. Je suis KO debout. On ne remontera pas. C’est le début de la fin. Le début d’un lent calvaire qui s’achèvera en novembre 2013, deux ans plus tard. Avec le temps je n’ai pas envie de trouver un bouc émissaire pour cette issue. Bien sûr le manque de sérénité du staff à Vannes n’a sans doute pas aidé un groupe jeune. Mais ce manque de sérénité s’est nourri ailleurs, gavé même, dans les décisions, les orientations, les dissensions, dans une croissance qui a eu lieu trop vite et a laissé l’adolescent ambitieux Le Mans FC avec des problèmes de genou finalement rédhibitoire pour le haut niveau.
 
Chacun d’entre nous a aujourd’hui fait un peu de chemin. Nous avons tous réappris à sourire. Après tout nous avons eu la chance de les vivre tous ces moments. On est passé à ça de quelque chose de beau, à savoir jouer en Ligue 1 dans ce grand stade.
 
La vie s’écrit selon ses propres règles et heureusement, de jolies choses arrivent aussi le long des chemins à l’ombre.
 
Aujourd’hui j’habite l’Italie, je suis un jeune papa heureux et je nourris des projets loin du football, lui qui a longtemps été un opium puissant pour moi. Alors oui, aujourd’hui, j’arrive avec un tendre sourire à penser « merci La Rabine ».
 
Faut bien l’utiliser cette pierre philosophale qui transforme le plomb en or.

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En septembre 2024, je me lancerai dans une nouvelle formule, avec sans doute des interviews de joueurs, actuels ou anciens, du Mans ou des focus sur des anciens joueurs qui ont peu joué en pro mais qui ont percé ailleurs.