Chronique 6/34

Paulo Andre Muc 72

 

Ah, les fameuses dissensions entre chargés du recrutement sportif et entraîneurs. Elles sont connues dans le football, et Le Mans n’y a pas échappé. Pendant les premières saisons au Muc 72, cela a même été assez chaud entre Frédéric Hantz et Daniel Jeandupeux notamment. Il faut dire que le premier a remplacé le second en décembre 2004 en tant que coach mais que le second est resté en tant que conseiller du Président. Cocasse ! Du haut de mes 24 ans à l’époque, j’étais loin de pouvoir imaginer les complexités que cela créait dans le club. J’ai deux anecdotes qui remontent.
 
Été 2006. Cela fait 6 mois que je suis au club, le Muc 72 a tranquillement obtenu son maintien, malgré un honteux 8-1 face à l’Olympique Lyonnais – OL pour la dernière journée, avec un onzième place à la clé en championnat. En bon supporter lambda, la période estivale est toujours excitante dans le sens des arrivées, inquiétante dans le sens des départs. Frédéric Thomas est parti à Auxerre, Yohan Hautcoeur à Saint Étienne : Fred Hantz est nerveux. Et ce n’est pas l’arrivée de Paulo André qui va le calmer. Comme tous les coachs du championnat, Fred aime les joueurs expérimentés de Ligue 1. Alors un central brésilien sans expérience en Europe, cela ne l’emballe pas.
 
Personnellement, étant donné mon amour du voyage et de la découverte culturelle, j’étais toujours ravi de voir arriver des joueurs de l’étranger, qu’ils viennent de Norvège, d’Amérique du Sud, de Géorgie ou d’Afrique. Pour moi c’était une évidence qu’il fallait les accueillir à bras ouverts, les bichonner, les aider à comprendre notre façon de vivre. Ainsi, j’ai eu honte ce jour d’entraînement quand Fred Hantz a brutalement arrêté la séance pour un petit pont de Paulo André Benini lors d’un toro. Je me rappelle encore des yeux éberlués du défenseur central qui ne comprenait évidemment pas encore le français et qui devait bien se demander ce qu’il avait fait de mal. Fred Hantz avait quitté le terrain numéro 2 de la Pince furieux, vociférant dans la barbe qu’il n’avait pas contre un certain « il » qui lui ramenait des joueurs dont il ne voulait pas. Paulo André payait les pots cassés d’une relation tendue entre Fred et Daniel. 
 
Un joueur qui paie les pots cassés d’un fonctionnement de club, un grand classique qui m’a toujours peiné, surtout au vu des investissement réalisés dans bien des cas. Pourtant, il était beau ce joueur, peut-être un peu lent mais avec un super pied droit et un jeu aérien de folie. Plus un instinct assez incroyable sur coup de pied arrêté offensif. Avec les Corinthians, où il est revenu après son expérience au Mans, Paulo André a remporté la Copa Libertadores (l’équivalent de la Ligue des Champions) et la Coupe du Monde des clubs. Et oui, au Mans, nous avons compté dans notre effectif deux Champions du Monde des clubs (Grafite et Paulo André). Je me rappellerai que c’est le seul joueur avec lequel j’ai parlé philosophie, dans le car pour aller en stage de pré-saison à Clairefontaine. Paulo André était très érudit et avait d’ailleurs parlé le français rapidement. Depuis 2021, il est responsable de la stratégie sportive dans le club de Valladolid (deuxième division espagnole), présidé par Ronaldo, avec qui il a joué plusieurs saisons au Brésil.
 
En fin de saison 2006-2007, autre épisode cocasse. Fred Hantz tombe sur Gervinho à l’accueil de la Pincenardière. Il ne connait pas le joueur, lui demande ce qu’il vient faire ici et est tout surpris de savoir qu’il va signer au club. L’entraineur manceau, qui partira à Sochaux durant l’été, ne cache pas sa colère au joueur, n’ayant pas été mis au courant par Daniel ou Alain Pascalou, responsables de sa venue en provenance du KSK Beveren. Gervais Yao Kouassi pour sa première fois à la Pincenardière a droit à un drôle d’accueil ! Cela ne l’empêchera pas de briller au Mans pendant 2 ans avant de s’envoler pour le LOSC où il sera Champion de France avec Rudi Garcia. Gervinho avait été suivi pendant de longs mois par Alain Pascalou, évidemment fan de ses dribbles chaloupés et de sa vitesse.
 
J’ai eu le plaisir de voir évoluer Fred Hantz pendant un an et demi et j’avoue avoir pris beaucoup de plaisir à l’écouter, à voir jouer son équipe, à regarder ses séances. Sa droiture envers son groupe était aussi admirable et tous les joueurs se sentaient concernés, ce qui à posteriori n’a pas été toujours le cas plus tard au Mans. Disons que j’étais moins fan de sa rudesse humaine dans certaines occasions.
 
Mais après tout, il n’était pas là pour cuisiner des tartes aux myrtilles.
 
Et moi je garde mes souvenirs de supporter lambda.

 

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