Chronique 3/34

Décembre 2005. Lors d’un voyage de prospection au Brésil, Daniel Jeandupeux est invité à visiter les installations du São Paulo FC, un des plus prestigieux club du continent. Voire du monde à cette époque. Le club paulista a en effet remporté la finale de la Coupe du Monde des clubs face au Liverpool FC (1-0) quelques semaines auparavant. Daniel est venu observer quelques matchs au Brésil pour le club. Lors de la visite, le hasard fait qu’il rencontre chez les kinés l’attaquant Grafite, rentré un quart d’heure lors de la finale et toujours en phase de reprise après une grave blessure au genou contractée quelques mois auparavant.

Les deux hommes discutent en portugais. À ce moment-là de sa carrière, Grafite est reconnu au Brésil mais rêve toujours d’Europe. Daniel propose un deal à l’attaquant que l’on peut résumer ainsi : « viens briller au Mans, retrouve la forme et tu t’envoleras briller où tu le mérites ensuite« . Fin décembre, dans la grisaille de l’hiver, le joueur débarque ainsi au Mans. Loin, loin, loin de la chaleur de São Paulo ! Pour moi, jeune supporter du club, fan du jeu Football Manager et amoureux des fiches joueurs, c’est incroyable. Dès mes premiers jours à la « Pince », je ne loupe aucune minute des entraînements de Fred Hantz. L’équipe était déjà belle, l’international brésilien (1 sélection à l’époque) lui donne encore plus de relief. Grafite est qui plus est un homme d’une rare élégance, souriant et humble. Techniquement il n’aime pas être dos au jeu mais alors une fois dans le sens du but, c’est un train inarrêtable, injouable en vitesse et en puissance. Les défenseurs de Bundesliga le découvriront en 2007-2008, et Grafite sera même Champion d’Allemagne avec le VfL Wolfsburg en 2008-2009 après une saison exceptionnelle (28 buts en 24 matchs). Par ici une vidéo intéressante sur son duo en Allemagne avec Dzeko la saison du titre.

Tous les supporters manceaux ont été très fiers de le voir sous les couleurs mancelles je crois.

Avec Grafite c’est tout ou rien niveau beauté. Soit il met des buts du genou, comme son premier à Strasbourg un soir d’hiver et de pelouse gelée, soit il met des buts d’extraterrestre : retournés, talonnades… Pourtant que le peuple manceau et les journalistes locaux ont été durs avec lui après ses 6 premiers mois difficiles (3 buts). La deuxième saison sera la bonne : 12 buts en Ligue 1 dont le bonbon face à Lille pour son dernier match sous les couleurs mucistes.

La vidéo d’aujourd’hui, rescapée de la disparition de quasi toutes mes archives photos et vidéos (disparues en même temps que le club en 2013), est la première que j’ai réalisé pour le club. Que j’avais du plaisir à réaliser ces courtes vidéos, même si je manquais clairement de talent. Il faut se rappeler qu’à l’époque, peu de club proposait du contenu vidéo à leurs supporters. C’était un des objectifs de mon recrutement : avoir un manceau capable d’écrire, de prendre des photos et de produire un peu de vidéo. Un 4×4 de la com’. Bien sûr, Fabrice Favetto désirait aussi que je développe la partie commercial du site internet, mais ma vocation de journaliste m’en empêchait éthiquement. Malheureusement on ne s’est jamais entendu là-dessus. Je travaillais inconsciemment pour les supporters, pas vraiment pour la direction. A l’occasion on réglait ces différents culturels le mercredi, jour du foot entre collègues. Enfin il n’y avait plus de collègue à ce moment-là, et entre la mauvaise foi et le mauvais niveau, les coups bas pleuvaient. Mais combien de barres de rire ! Guillaume Guégan était aussi technique que gueulard, et Alexandre Bazire nous faisait souvent goûter sa spéciale : aucune défense, hors jeu tout le temps et enroulé à la Thierry Henry suivi d’un « dans ton cul » destiné au gardien adverse. Mythique. Frédéric Trouillet peut témoigner, pas Fred Tant dont on n’a jamais vu le toucher de balle. Il faut dire que Fredo évoluait à Bollée quand les services Billetterie et Sécurité s’y trouvaient encore. Nicolas Arndt a débuté sa carrière sous la tribune présidentielle de Bollée.

Retour à cette vidéo de février 2006. Ne vous attardez pas sur la qualité et vous arriverez à discerner des joueurs, à écouter des voix. Olivier Thomas avait encore des cheveux, on entend Greg Cerdan au loin. La dernière séquence est touchante. Ce jour-là, Fred Hantz a prévu un circuit technique. Les perdants du jeu doivent effectuer une série de pompes. On retrouve ainsi Grafite aux cotés de Clément Pinault, dont la disparition tragique en 2009 restera comme un des jours les plus noirs connu au club. Clément faisait partie de la grande famille du club, et le sera toujours.

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En septembre 2024, je me lancerai dans une nouvelle formule, avec sans doute des interviews de joueurs, actuels ou anciens, du Mans ou des focus sur des anciens joueurs qui ont peu joué en pro mais qui ont percé ailleurs.